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Article Luxemburger Wort sur l’exposition de François Nugues à la Galerie Hervé Lancelin.

Dans le Luxemburger Wort ce matin, excellent article de Nathalie Becker sur l’exposition de François Nugues à la Galerie Hervé Lancelin.

“L’air comme outil”
A la galerie Hervé Lancelin, le peintre français François Nugues nous dévoile sa conscience du monde et des sens.
Par Nathalie Becker

Le galeriste Hervé Lancelin, trois mois après l’inauguration de sa galerie éponyme à Luxembourg, a convié dans son espace le plasticien François Nugues pour une exposition personnelle hautement sensible. Déjà présenté lors de l’exposition inaugurale en novembre 2014, le travail de François Nugues n’avait pas manqué de séduire et d’interpeller le public. Il est vrai que l’artiste, né à Senlis en 1968, élève dès l’âge de 21 ans dans l’atelier parisien de la grande figure de la nouvelle École de Paris qu’était le Bourguignon Jean Bertholle (1909-1996), diplômé de l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris, est un créateur à la technique comme à l’univers inédits.

 

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En effet, Nugues utilise comme outil de prédilection un instrument propulsant de l’air. La couche de peinture à l’huile est posée sur la toile puis le peintre, d’un geste savant, méticuleux et répétitif, crée à l’aide de l’air des motifs abstraits à la lisière entre l’organique, le minéral et même l’architectural.
Domptant l’aléatoire de l’air par des dessins préparatoires, Nugues plonge alors le spectateur dans un univers sensible, sensuel et même introspectif. Il est question de conscience dans la production de cet artiste qui interpelle ses sens, nos sens afin de les mettre en relation avec le monde extérieur.
Sa peinture se dote alors d’un rôle d’intercepteur. Elle guide notre regard dans les plis, les circonvolutions, les strates, les alvéoles, les nervures dessinés par l’air dans la matière. Nous y voyons aussi bien des fossiles, des corps enlacés, les drapés de tissus soyeux ou veloutés ou d’alambiquées constructions architecturales. D’autant que la réminiscence des hauts buildings désaffectés du centre-ville de Los Angeles découverts lors de sa résidence d’artiste à la «Otis School» est assez récurrente dans son travail.
Nugues aime les lignes, les tracés de l’architecture et sait y lire la romantique lutte entre le lierre et la pierre quand la nature reconquiert son droit.

Une grammaire de motifs et de formes.
Il est ainsi Nugues, il réinvente dans son langage plastique toute une grammaire de motifs et de formes nés des éléments naturels ou de la main de l’homme. Particulièrement intéressantes dans sa production sont les atmosphères différentes dont il nimbe sa peinture en fonction des formats. Dans les dimensions ambitieuses, il nous offre des visions quasi cosmiques, macroscopiques alors que dans les formats plus réduits, c’est de tout un monde plus intimiste, introspectif et méditatif qu’il nous ouvre les portes.
Sa gamme chromatique, particulièrement riche, nous permet de voguer dans des camaïeux de bleus spirituels, d’orangés flamboyants et sensuels, des dégradés de gris veloutés comme du pastel. Parfois au coeur d’une toile, notre regard est emporté par une force centrifuge, par une perspective fuyante et mosaïquée.
Indubitablement, François Nugues nous entraîne dans son organisation d’un monde pictural dynamique, équilibré et soudain précaire. Il nous semble alors qu’il nous parle de notre piètre et fragile condition humaine. Ainsi, notre perception est particulièrement aiguisée par ses oeuvres, nous en sommes édifiés.
Assurément, l’artiste est un grand de l’art actuel, un authentique créateur qui dévoue sa vie à l’art pour, en toute modestie, nous apprendre à regarder et à voir autrement.