A propos de l’oeuvre de François Nugues

Tenter de mettre des mots sur sa propre peinture est un challenge…L’artiste a, en effet, toujours le sentiment que sa création parle d’elle-même, et pourtant…

Je me suis donc plié à cet exercice délicat d’expertise biologique, anatomique et parfois psychanalytique de mes tableaux… Disons, que j’en ai « accouché » une seconde fois et en cherchant les différentes pulsions qui m’avaient donné envie de les rendre visibles, ils se sont de nouveau imposés à moi.

Les thèmes se répondent, s’entrecroisent, se frôlent…Chaque tableau est habité par un rythme qui lui est propre mais qui est né de mes pulsions les plus intimes. L’un donne à voir une trame sur laquelle l’œil flotte aisément, là au contraire on sent le grain d’une pierre qui ne se livre qu’à celui qui s’approche à quelques millimètres de la matière . Un peu plus loin, on est attiré par un tableau dont le sens s’intensifie au fur et à mesure qu’on l’explore tant les pistes intimes semblent des labyrinthes…

Et nous voilà ballottés dans des univers flirtant avec du fluide, du brisé, du souple, de la transparence…. On peut y rencontrer de la magnificence, adossée à une infinie sobriété et même de la solitude nichée au creux de la foule… tourbillons, vertiges, entrelacs…peinture en marche vers le Vrai, le Beau, le Juste sens de l’existence !

Une œuvre s’apprivoise…Trop souvent on « visite » une galerie mécaniquement, en oubliant de « visiter » l’œuvre… ou alors, on « visite » l’œuvre en oubliant de « visiter » l’artiste, je veux dire que l’on ne cherche pas la correspondance entre la fièvre du créateur et l’appétit de celui qui vient voir ses créations.

Or, les frissons qui nous gouvernent sont tous les mêmes, non ? Nous ne les vivons ni au même moment ni avec la même intensité mais nos émotions nous rassemblent (et nous ressemblent)…

Nos rêves sont faits des mêmes étoffes…, tissés des mêmes fils. Ils créent une connivence reliant à jamais l’artiste et celui qui emporte l’une de ses œuvres chez lui… Comme le disait Jean Giono : « Il faut planter des arbres dans le jardin des autres »…

Mon travail jette des passerelles entre la science et la philosophie, entre le « dénuement » et la « complexité », entre le « pur » et le confus »… On pourra, en regardant l’un de mes tableaux, entendre une musique intérieure ressemblant à du Bella Bartok ou du Stravinski…mais il faudra veiller à ne pas croire avoir tout saisi de l’aventure, car Vivaldi n’est peut-être pas si loin et… au détour d’un autre tableau, on trouvera du « cosmique » et même une sensation de sable glissant entre les doigts.

Voyage insolite au cœur des éléments…l’eau, la terre et le feu sont là, blottis, sous-jacents… On découvrira de la douceur dans un agencement inattendu de teintes criardes ou au contraire une indicible douleur dans un simple dégradé de gris… les rythmes biologiques, sentimentaux et même météorologiques guident la tête et la main de l’artiste.… est-ce que l’on crée le même tableau, en peignant de jour ? ou en peignant de nuit ? dans un atelier exigu ? ou en pleine chaleur ?

Le peintre est un être dont tous les pores de la peau et de l’esprit sont ouverts en permanence. Il engloutit le monde qui l’entoure et nous le restitue d’une manière si personnelle qu’on se prend à l’aimer sans même reconnaître qu’il s’agit du même monde que celui qui nous avait laissé indifférent juste avant la rencontre…

L’Art est subversif. Il ne faut donc surtout pas chercher à mettre des univers en tiroirs, en définitions, en modes. Le souffle de l’artiste étant sans cesse en mouvement, il emporte quelquefois tout sur son passage, alors comment pourrait-on l’enfermer dans le carcan des mots ?

Certains tableaux vous envelopperont, captureront votre regard et qui sait ? peut-être même votre âme ? Ils ne voudront plus jamais vous laisser seuls tandis que d’autres ne feront que vous effleurer…N’en soyez pas affectés, c’est cela aussi la force d’une œuvre, vous prendre par la main et vous laisser parfois au creux de votre propre forêt .

La liberté extrême avec laquelle je crée est le dénominateur commun de tous ces chemins que je partage.

Il arrive même qu’une oeuvre semble se donner d’emblée, alors qu’elle garde pour toujours son profond mystère comme une princesse d’un autre temps, endormie avec ses secrets !…en ce cas, ne la réveillez pas…

Bonne exploration au pays de la Palpitation !

Merci à Pierrette Dupoyet pour ce texte.

Je vous invite à découvrir le travail de cette grande Dame du théâtre.